Vaincre le décrochage, c'est possible !

Le décrochage scolaire au Québec est pire qu'ailleurs ; il touche les garçons plus que les filles, et il est extrême en certains endroits. Mais il peut baisser considérablement si on continue de s'y attaquer avec détermination.

L'encadré ci-dessous indique que, à l'âge de 19 ans, 28 jeunes Québécois sur 100 n'ont pas obtenu leur diplôme d'études secondaires (DES). Pendant les 10 années suivantes, 15 d'entre eux « raccrochent » et obtiennent un diplôme. Ils finissent par entrer dans la vie adulte, mais au prix d'un coûteux retard. Les 13 autres restent sans diplôme à 29 ans. C'est beaucoup plus que chez notre voisin ontarien. Même si le DES s'obtient en une année de moins au Québec qu'en Ontario, pour 100 décrocheurs en Ontario, il y en a 137 au Québec. L'écart entre les garçons et les filles, quant à lui, est stupéfiant. Au Québec, il y a 148 garçons décrocheurs pour 100 filles décrocheuses. Enfin, le taux d'abandon scolaire dépasse les 50 % dans certaines régions rurales et dans les quartiers les plus pauvres de nos villes.

Sur le plan économique, qu'est-ce qu'un jeune Québé­cois gagne dans sa vie à acquérir un DES plutôt qu'à rester sans diplôme ? En moyenne, 450 000 dollars. Lorsqu'on est plus scolarisé, on est plus actif sur le marché du travail, on chôme moins et on est mieux rémunéré. En 2008, le revenu salarial moyen du titulaire d'un DES a été de 33 000 dollars. Sans diplôme, le travail­leur aurait gagné 26 000 dollars. L'avantage financier annuel que procure le diplôme est donc de 7 000 dollars. Multi­pliez ce chiffre par 45 (nombre d'années de vie active), ajoutez les augmentations de salaire, et vous obtenez le gain de 450 000 dollars.

Le diplômé n'est pas le seul à bénéficier de ces 450 000 dollars ; la collectivité en profite elle aussi. Il conservera pour lui-même les deux tiers de son revenu supplémentaire (300 000 dollars). Mais il paiera l'autre tiers (150 000 dol­lars) en impôts et en taxes, et con­tribuera ainsi à financer les services publics. De plus, étant plus actif et chômant moins, il dépendra moins de l'assurance-emploi du fédéral et de l'aide sociale du provincial. Les sommes ainsi économisées par l'État pourront être consacrées à d'autres services publics. Le diplômé dépendra moins des autres et leur donnera davantage.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, vient de proposer que nous fassions passer le taux d'abandon scolaire des jeunes de 19 ans de 28 % à 20 % d'ici 2020. Com­bien cela rapporterait-il à l'économie du Québec dans son ensemble ? Pour atteindre cet objectif, il faudrait que 3 000 jeunes Québécois de plus par année obtiennent leur diplôme. À long terme, les gains salariaux que ces nouveaux diplômés en tireraient totaliseraient 1,3 milliard de dollars par année. La beauté de la chose, c'est que ces jeunes viendraient surtout des catégories sociales les moins fortunées. Le gâteau économique serait plus gros et mieux partagé.

Le Québec a déjà commencé à relever le défi lancé par la ministre. On ne part pas de zéro. Des initiatives locales extraordinaires sont en marche depuis 15 ans au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans Lanau­dière, à Montréal et ailleurs. De belles réussites sont venues parce que les parents, les profs, les syndicats, les entreprises, les organismes communau­taires, les municipalités et les commissions scolaires se sont donné la main pour entourer les jeunes. Il faut partir de ce qu'ils ont accompli, reconnaître leurs succès, leur laisser de la place pour bouger et leur offrir l'appui de l'État au besoin.

Mais si tout cela s'avère insuffisant, il faudra débattre de mesures plus musclées et plus ciblées. Que diriez-vous de rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans, d'inventer des écoles pour encadrer encore plus solidement les jeunes des quartiers défavorisés, de tester les programmes qui récompensent financièrement la persévérance scolaire (voir « Une bourse si je persévère », à lactualite.com/decrochage), de fixer un salaire minimum moins élevé pour les adolescents afin d'éviter de les attirer sur le marché du travail ?

Les jeunes Québécois sans diplôme en 2008

                               À 19 ans                               À 29 ans

Garçons                     34 %                                     18 %

Filles                          22 %                                      7 %

Tous                          28 %                                     13 %

(Source : ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport)

 

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