La tortue nord-américaine

En temps normal, inflation déduite, l’économie du Québec progresse de 2 % par année. Pendant la récession mondiale de 2009, elle a reculé de 0,5 %. Il y a évidemment eu des répercussions sur l’emploi. Entre le début et la fin de la récession, le taux d’emploi des 15-64 ans est passé de 72 % à 70 %. Cette perte de deux points au Québec a cependant été moins importante que celles qui ont été enregistrées aux États-Unis (cinq points) et en Ontario (quatre points) pour le même groupe d’âge à la même époque. Le hasard a voulu qu’au Québec le Plan des infrastructures, qui a fait suite à la tragédie du pont d’étagement de la Concorde, soit lancé juste au moment où l’économie tombait en récession. Cela a permis d’atténuer la chute de l’emploi chez nous.

Après une amorce de reprise passagère en 2010, l’économie du Québec n’a cependant pas impressionné depuis trois ans. La croissance n’a jamais atteint la normale de 2 % par année. Elle a été de 1,8 % en 2011 et de 0,9 % en 2012, et sera probablement de 1 % en 2013. Ainsi, plutôt que de se refermer, l’écart entre l’activité économique réalisée et sa tendance normale a continué à se creuser. Il n’y a donc pas encore de vraie reprise. Dans son blogue de L’actualité, Pierre Duhamel a qualifié avec raison la performance du Québec de syndrome de la « tortue québécoise ».

Mais il n’y a pas qu’au Québec que la reprise tarde à venir. Nos deux principaux clients, les États-Unis et l’Ontario, sont eux aussi enlisés dans la stagnation. Comme leurs revenus progressent très lentement, ils se retiennent d’acheter chez nous. Leur torpeur entretient la nôtre. En fait, la croissance est présentement à peu près la même dans les trois zones. En 2013, le niveau de vie par habitant d’âge actif aura en effet augmenté d’environ 1 % aux États-Unis et en Ontario, comme au Québec. La tortue n’est pas que québécoise, elle est nord-américaine ! Il faut cependant noter une différence, heureusement à l’avantage du Québec. Grâce en partie à des investissements publics totalisant 115 milliards de dollars de 2009 à 2013, l’économie québécoise fonctionne actuellement à 96 % de sa capacité théorique, tandis que les économies américaine et ontarienne n’utilisent leur potentiel qu’à hauteur de 92 %.

La grève de la construction de juin dernier n’a évidemment pas aidé le Québec. Elle a entraîné des effets démultiplicateurs importants sur les revenus dans l’ensemble de l’économie et fait diminuer l’emploi pendant l’été. Heureusement, une partie de l’activité perdue aura sans doute été récupérée avant la fin de l’année.

En 2014, il est peu probable que les économies américaine, ontarienne et québécoise sortent de leur torpeur. Du côté monétaire, les banques centrales vont soutenir la croissance en maintenant les taux d’intérêt au plancher. Sur le plan budgétaire, le comportement du Congrès américain — dominé par les républicains — n’annonce rien de bon. Au Canada et au Québec, il faut espérer que nos ministres des Finances ne s’entêteront pas à atteindre le déficit zéro à date fixe, surtout si l’économie montre de nouveaux signes de faiblesse. Pour l’instant, le Fonds monétaire international prévoit que l’Amérique du Nord réussira à peine à maintenir le même taux d’utilisation de son potentiel qu’en 2013. La croissance par habitant d’âge actif ne devrait pas dépasser 2 %. Pour une vraie reprise, il faudra encore attendre.

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« Il est impératif que le rééquilibrage des finances publiques se poursuive, mais aussi que les politiques macroéconomiques soutiennent la croissance »

- Christine Lagarde, Directrice générale du Fonds monétaire international

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