Il nous faut une pause électrique

La révolution du gaz de schiste aux États-Unis a fait plonger le prix de nos exportations d’électricité. Le Québec doit réduire au plus tôt ses surplus d’énergie, faute de quoi cela coûtera des milliards de dollars aux contribuables.

Aux États-Unis, la production de gaz naturel extrait des schistes, à peu près nulle en 2006, a atteint 10 000 milliards de pieds cubes en 2012. Cette « révolution du gaz de schiste » a fait plonger le prix du gaz naturel, qui est passé de 6,25 $ US pour 1 000 pi3 en 2007 à 2,65 $ US en 2012.

La dégringolade du prix du gaz naturel constitue un véritable défi pour Hydro-Québec. Tout d’abord, dans les centrales thermiques américaines qui fonctionnent au gaz naturel, l’électricité coûte 35 % moins cher à produire aujourd’hui qu’il y a cinq ans. Ces centrales ne vont donc accepter d’acheter de l’électricité à un fournisseur d’appoint qu’à un prix lui-même beaucoup plus bas. Autrement, il serait plus rentable pour elles de produire les kilowatt-heures avec leur propre équipement ! On peut voir sur le graphique ci-contre que le prix qu’Hydro-Québec a obtenu pour ses exportations d’électricité à court terme aux États de New York et de la Nouvelle-Angleterre a bel et bien suivi de près l’évolution du prix du gaz naturel. De 2007 à 2012, le prix à l’exportation encaissé par Hydro-Québec a chuté de 60 %.

L’entreprise québécoise a intelligemment contre-attaqué. Elle a amélioré son équipement de transport d’énergie et renforcé son marketing, ce qui lui a permis d’exporter de plus grandes quantités d’énergie : 18,3 milliards de kilowattheures en 2012, contre 10,1 milliards en 2007. Ainsi, son revenu d’exportation d’électricité à court terme n’a baissé que de 25 % au cours de cette période. C’est un succès louable, remporté dans l’adversité.

Au-delà du court terme, cependant, si la baisse du prix du gaz naturel persiste, comme on le prévoit, le Québec devra revoir le rythme auquel se construisent les nouvelles centrales sur son territoire. En 2012, la capacité de livraison annuelle d’Hydro-Québec était d’environ 215 milliards de kilowattheures, alors que l’entreprise estimait à 184 milliards celle qui pouvait satisfaire les besoins d’énergie du Québec en toute sécurité. Si les chantiers d’éoliennes et de centrales hydroélectriques (Sarcelle et Romaine-1, 2 et 3) en cours sont menés à terme, cet excédent de capacité continuera à augmenter d’ici 2020.

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À brève échéance, le Québec n’a guère le choix. Il faut honorer un gros contrat avec le Vermont et écouler les surplus accumulés en exportant davantage ou en attirant, grâce à des prix d’ami, plus d’entreprises énergivores au Québec, comme des alumineries ou des sociétés minières. Mais à long terme, il serait irresponsable de ne pas rétablir l’équilibre entre nos revenus et nos coûts. Le problème à résoudre est simple. D’une part, chaque milliard de kilowattheures qui s’ajoute coûte de 85 à 100 millions de dollars à produire. C’est 85 millions pour l’énergie de la Romaine, 100 millions pour celle des nouvelles éoliennes. Mais d’autre part, si on réussit à vendre ce milliard de kilowattheures aux Américains et à un nombre accru de multinationales énergivores, le revenu qu’on en tire n’est que de 40 millions. Je vous laisse deviner qui finance la différence.

Le Québec doit donc réduire son excédent de capacité au plus tôt. La seule façon d’y arriver est de ralentir les chantiers de construction en cours et d’attendre, avant d’en lancer de nouveaux, que les prix à l’exportation d’électricité se soient suffisamment raffermis ou que la croissance de la demande québécoise en électricité le justifie.

Pierre Fortin est professeur émérite à l’UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPÉE).

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