Comment ça va en ville ?

On compare souvent la performance économique des pays, des États ou des provinces. La plupart du temps, on oublie que la majeure partie de l'emploi et de la croissance est engendrée par l'activité des grandes agglomérations urbaines.

Depuis 2007, parmi les grandes villes canadiennes, ce sont Québec et Edmonton qui ont enregistré la meilleure performance économique. Toronto, la pire.

On compare souvent la performance économique des pays, des États ou des provinces. La plupart du temps, on oublie que la majeure partie de l’emploi et de la croissance est engendrée par l’activité des grandes agglomérations urbaines. Le Canada, par exemple, compte neuf régions métropolitaines dont la population excède le seuil des 500 000 habitants : Québec, Montréal, Ottawa-Gatineau, Toronto, Hamilton, Winnipeg, Calgary, Edmonton et Vancouver.

Plus de la moitié de l’emploi et du revenu au pays provient de ces neuf grandes villes. Ce n’est pas rien. Faut-il rappeler que plus de gens vivent dans la région de Québec que dans tout le Nouveau-Brunswick et que Vancouver est plus peuplée que le Manitoba et la Saskatchewan réunis ?

Le graphique ci-dessous compare la performance de nos neuf grandes villes en matière d’emploi et de croissance au cours des années récentes.

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Les données en bleu pâle concernent l’emploi. En comparant les taux de chômage, on se trouve à mesurer la capacité de chaque région de procurer des emplois à sa population désireuse de travailler. Plus le taux de chômage est faible, meilleure est la performance.

Le podium appartient ici à Québec, Edmonton et Calgary. Ces trois régions ont enregistré des taux de chômage allant de 4,7 % (Québec) à 4,9 % (Calgary) en 2013. Dans le cas des deux villes de l’Ouest, cela reflète en grande partie l’essor de l’industrie pétrolière et ses retombées sur l’Alberta. La belle surprise, c’est le résultat exceptionnel de la région de Québec, qui remporte la médaille d’or — par un cheveu.

À l’autre extrême, Montréal et Toronto présentent les taux de chômage les plus élevés. Toronto a été très durement frappée — plus que Montréal — par la récession de 2008-2009 et ses séquelles. Son taux de chômage a été le plus élevé de toutes les grandes villes en 2013.

Les données en bleu foncé nous renseignent sur la croissance économique. Elle est mesurée ici par la variation cumulative du produit intérieur brut (PIB) par habitant de 15 à 64 ans de 2007 à 2013. L’inflation est déduite. Les 15-64 ans fournissent 97 % de tous les travailleurs. Comment cette population d’âge actif a-t-elle réussi — ou non — à créer la richesse dans chacune des neuf grandes villes depuis le dernier sommet conjoncturel, en 2007 ?

Ce sont Québec et Edmonton qui remportent la palme, avec des hausses respectives de 6 % et 8 % de leur PIB par habitant depuis 2007. À l’autre extrême, c’est Toronto qui a le plus souffert de la mauvaise conjoncture économique des dernières années. En six ans, son revenu par habitant a chuté de 3 %. À Montréal et Winnipeg, l’économie a progressé, mais deux ou trois fois moins qu’à Québec et Edmonton. À Vancouver, on a enregistré une petite hausse ; à Ottawa-Gatineau, Hamilton et Calgary, de petites baisses.

Trois conclusions se dégagent de ces observations sur les grandes villes : 1) la performance de la région de Québec — sans pétrole — a été impressionnante ; 2) à Montréal et Toronto, l’emploi continue à éprouver de sérieuses difficultés ; et 3) en 2013, six ans après la plongée en récession, la reprise économique se faisait encore attendre à Toronto. Il ne faut pas s’en réjouir. L’Ontario, et tout particulièrement la région de Toronto, est le plus grand partenaire économique du Québec. Si son dérapage économique persiste, nous allons tous en souffrir.

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Pierre Fortin est professeur émérite à l’UQAM et chercheur au Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l’emploi (CIRPEE).

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