Aide sociale : le succès du Québec

Au Québec, le combat contre la pauvreté a fait de solides progrès en 15 ans. Le taux d’assistance sociale de la population de moins de 65 ans y est passé de 12 % en janvier 1996 à 7 % en janvier 2013. Toute une dégringolade. L’explication tient en quelques mots : nos politiques sociales ont encouragé le retour au travail des assistés sociaux en même temps que l’économie créait plus d’emplois.

En 1996, le taux de chômage dans la province avoisinait les 12 %. Mais au cours des 10 années suivantes, l’emploi a connu une forte expansion, qui l’a fait passer sous les 8 %, pour la première fois en 30 ans. Depuis lors, malgré la récession de 2008-2009 et la reprise plutôt lente que nous vivons, le marché de l’emploi a tenu le coup.

L’expansion économique a évidemment favorisé le retour au travail d’un grand nombre d’assistés sociaux. Mais elle ne peut à elle seule expliquer la très forte diminution du taux d’assistance sociale de certains groupes, comme les ménages avec enfants. En 1996, 3 familles monoparentales québécoises sur 10 vivaient de l’aide de dernier recours. Au début de 2013, il en restait seule-ment 1 sur 10, soit trois fois moins en proportion ! Il est impossible d’expliquer cet incroyable recul sans tenir compte de la réforme du programme entreprise par le gouvernement Bouchard en 1997 et complétée par le gouvernement Charest après 2003.

Avant 1997, le système décourageait le retour au travail des prestataires. Pour une mère de famille monoparentale avec deux enfants, quitter l’aide sociale voulait dire non seulement perdre sa prestation mensuelle de base de 500 dollars, mais aussi celle de 375 dollars accordée pour ses enfants, soit 875 dollars au total. Elle devait aussi renoncer à certains avantages, tels que la gratuité des médicaments sur ordonnance, des services dentaires et des lunettes. Compte tenu du salaire minimum à plein temps de l’époque (1 030 dollars par mois), cela se traduisait par une baisse de son revenu disponible. Accepter un emploi dans ces conditions relevait de la sainteté ou de l’héroïsme.

Au cours des 15 dernières années, la politique familiale du Québec a complètement changé les choses. Les prestations pour enfants à l’aide sociale ont été abolies et remplacées par une allocation familiale majorée — le Soutien aux enfants —, qui est versée à tous les Québécois admissibles, prestataires ou non de l’assistance sociale. Aujourd’hui, lorsqu’on quitte l’aide sociale, on ne perd plus sa prestation pour enfants comme autrefois. On la conserve, au contraire. Plusieurs autres éléments de la politique familiale ont aussi favorisé l’intégration des assistés sociaux au marché de l’emploi : l’assurance médicaments, les services de garde à sept dollars par jour, le salaire minimum à 46 % du salaire moyen, la prime au travail, des congés parentaux plus attrayants.

Voyez les conséquences. Le taux d’emploi de l’ensemble des mères de familles monoparentales est passé de 46 % en 1996 à 68 % en 2008. Inflation déduite, le pouvoir d’achat après impôt de ces familles était 58 % plus élevé en 2010 qu’en 1996. Leur taux de pauvreté a dégringolé de 49 % à 22 %. Et leur taux de présence à l’aide sociale a baissé des deux tiers.

Il reste encore 800 000 pauvres au Québec. C’est 800 000 de trop. Mais nous avons fait de solides progrès depuis 15 ans. Ceux qui affirment que tout va toujours et partout de mal en pis se trompent.

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« En 2010, les moins de 18 ans n’étaient plus que 7,5 % à vivre dans des ménages à faible revenu. C’est encore trop, bien sûr, mais il s’agit tout de même d’une évolution remarquable, réalisée en moins de 10 ans. »

— Alain Noël, président du Centre d’étude québécois sur la pauvreté et l’exclusion

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