Réformer la titrisation des prêts bancaires

Les Affaires, 21-01-2012

Bien que la finance structurée ait été ciblée comme étant la principale cause de la dernière crise financière, nous croyons plutôt que le problème résulte d'une mauvaise gestion des risques. C'est pourquoi, afin d'éviter que de telles situations ne se reproduisent, plusieurs chercheurs proposent des réformes.
Par Georges Dionne

Nous travaillons actuellement à mettre au point un modèle de titrisation optimale des prêts bancaires. 

La finance structurée comprend tous les arrangements financiers avancés servant à refinancer et à couvrir efficacement le risque de crédit. Elle a changé le fonctionnement des marchés financiers et monétaires et représente maintenant une activité économique très importante. 

Entre 2000 et 2006, la finance structurée s'est développée à un rythme exponentiel, et les acteurs financiers n'ont pas eu le temps de développer les bons instruments de gestion des risques. Résultat : les produits financiers structurés ont été surévalués ; les agences de notation n'ont pu produire des cotes bien documentées ou même objectives ; les marchés ont manqué de transparence ; et les régulateurs, ainsi que les banques centrales, n'ont ni prévu ni remarqué ces problèmes. 

Le papier commercial est l'exemple de produit structuré le mieux connu du Québec. Si les agences de notation avaient eu le temps de bien coter ces produits en tenant compte des corrélations potentielles reliées au risque systémique, ces derniers auraient probablement été cotés BBB plutôt que AAA. La Caisse de dépôt et placement du Québec n'en aurait sûrement pas acheté autant. Elle n'aurait pas non plus réalisé une perte d'au moins 12 milliards de dollars avec ce produit financier. 

Apprendre de ses erreurs 

Dans le cadre de nos recherches, nous tentons de trouver la forme optimale de titrisation des prêts bancaires générant les produits structurés (obligations structurées adossées à des emprunts - abrégées en anglais par CDO, pour collateralized debt obligation - ; papier commercial, etc.). Une des erreurs commises avant la crise financière a été d'offrir la partie la plus risquée de ces produits aux investisseurs. Cette pratique explique d'ailleurs la crise survenue aux États-Unis : en transférant tout le risque des prêts hypothécaires au marché financier, les banques en ont provoqué la dérive. Elles ont vendu des hypothèques à des gens peu solvables et n'ont pas effectué le suivi de ces prêts avec rigueur. 

Or, des modèles d'incitation à bien gérer le risque des banques suggèrent que la partie «équité» des CDO devrait demeurer dans le portefeuille de la banque et non pas être transmise au marché financier. C'est pourquoi notre modélisation préconise l'instauration de mécanismes incitant les banques à ne mettre sur le marché que les portions ou tranches les moins risquées de leurs prêts, ce qui maintiendra les incitations à bien gérer les risques des prêts bancaires. 

La titrisation doit cependant continuer, car la vente de produits structurés améliore la liquidité des marchés. À certaines conditions toutefois : il faut y associer une saine gestion des risques. Les agences de notation doivent aussi pouvoir bien évaluer ces produits, pour redonner confiance. 

Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion des risques, à HEC Montréal, Georges Dionne est chercheur associé à l’axe Gestion des risques, marchés financiers du CIRPÉE (Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi). La mission de l’axe est d’examiner l'impact de la gestion des risques et des contrats financiers sur le comportement des individus et des entreprises. www.cirpee.org.

Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi
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